Mylène n'a jamais été accro aux interviews (ah bon?). Il existe malgrès tout quelques rares entretiens fleuve passionnants, en télévision surtout-"Mon zénith à moi", "Pour un clip avec toi" ou "20h Paris première". En radio, l'interview incontournable, c'est "Secrets de stars". Une émission de France inter à laquelle Mylène participe en décembre 1989, quelques jours seulement avant ses deux concerts à Bercy.
Pourquoi incontournable? Parce que rares sont les fois où Mylène a accepté de se confier, de se justifier et d'être analysée. Voici donc la retranscription intégrale de cette interview événement.
La star de ce matin est à l'affiche de Télépoche depuis lundi. C'est une star que l'on n'entend pas souvent côté radio ou télévision-en tous cas, pas depuis un an. Elle vit dans un univers fascinant-"mélange de candeur et de perversion", dixit France Soir. Le Figaro voit en elle "Une graine de Lucifer". C'est une chanteuse à "Panache hystérique" affirme L'Huma. Quant au journaliste de Libé, il voit en elle la seule chanteuse à avoir réussi à " 's'adomiser'le Top 50". Mylène Farmer, bonjour...
Bonjour (rire étouffé).
C'est quand même tout un programme. Le moins que l'on puisse dire, c'est que vous inspirez totalement ces messieus journalistes.
C'est en tout cas le principal (petit rire).
Ca vous fait rire tous ces titres?
C'est un petit peu outrancier quelques fois.
C'est pas tout à fait vous? C'est même pas du tout vous?
Si, il y a des parcelles de moi, très certainement. Mais quand c'est projeté à l'avant-scène, c'est toujours décuplé et, quelques fois déformé.
En tous les cas, on vient de voir ce que pense de vous la presse, toujours avide de bons mots. On va voir, ou plutôt écouter tout de suite ce que pense de vous votre public, grâce à une enquête réalisée dans la rue, parmis vous.
(Une journaliste pose une question, et différentes personnes, dans la rue, répondent.
Quelle est sa véritable couleur de cheveux?
-Rousse.
-Rousse, je crois.
-Elle est rousse, je sais, mais sa véritable couleur, je ne sais pas.
-Elle est blonde!
-Rouge.
-Brune.
-Roux.
-Châtain clair.
Côté caractère, vous la voyez comment?
-Obsédée.
-Sincère.
-Quelque part, un peu fabriquée.
-Ingénue, espiègle.
-Bourré de talent.
-Pas perverse quand même, mais bien dans sa peau.
-Sincère.
-Gentille et cool.
-Très cool.
-Douce.
-Perverse.
-Du talent.
-Très humaine.
Dans quel film pouurait-elle jouer?
-"Les hauts de Hurlevent".
-Déja quelle à pas l'air très douée pour la musique, alors le cinéma, j'en ais aucune idée...
-Elle serait pas mal dans un film un peu pervers.
-"Ma sorcière bien aimée".
-"Autant en emporte le vent".
-Moi je la vois dans tous les films; elle est vraiment super.
-"Ma sorcière bien aimée".
-"Les 400 coups".
-"A bout de souffle".
Vous trouvez que c'est une star?
-Non, elle refuse.
-Une star...euh, quelqu'un de connu, oui.
-Une star, mais toute faite.
-Non, parce que pour moi, les stars ça n'existe plus. C'était Ava Gardner... C'est tout un époque. C'est pas du tout représentatif de notre époque.
-Non.
-Pour moi non plus, mais c'est quelqu'un de très important quand même.
Si c'était un animal, ce serait quoi?
-Un chat.
-Un renard.
-Un rapace.
-Je dirais plutôt une machine... Ce serait une machine de sexe.
-Un écureuil.
-Une renarde.
-Un oiseau.
-Une féline.
-Un tigre.
-Une lionne.
-Un chat.
-Une belette.
Dans votre entourage, elle serait votre petite soeur, votre petite amie, votre meilleure copine ou la fille que vous aimeriez avoir?
-Ma meilleure copine.
-Une bonne copine.
-Une copine, tout simplement.
-Une grande soeur.
-Ma meilleure copine.
-Ma meilleure copine.
-Ma tante.
Alors Mylène Farmer, là on peut dire "Cherchez l'erreur". (rire de Mylène) A part celui qui voit en vous sa tante, les autres voient en vous leur meilleure copine. Ca vous étonne comme réaction?
Un petit peu parce que j'ai eu, moi, beaucoup de mal à trouver une très très bonne amie. Cela dit, ça touche toujours ce genre de propos.
Pourquoi avez-vous eu du mal à trouver une très bonne amie? Vous devez avoir plein de monde autour de vous...
Oui, ce qui ne fait pas forcément la qualité. Moi j'ai trouvé... En tout cas, mon univers proche est parfait et celui que j'ai toujours désiré. Mais il est finalement entouré de très peu de personnes.
Vous vous sentez seule?
Parfois, mais je crois que c'est le lot de tout un chacun.
Vous avez peur d'être rejetée ou mal perçue?
Mal perçue, j'ai eu peur, un peu, au début, quand j'ai commencé ce métier. Aujourd'hui non. Je ne qualifirais pas cela d'indifférence, mais ça m'est presque égal aujourd'hui. J'ai entendu un mot qui revenait souvent tout à l'heure, qui est "sincérité"; s'il ya une chose que je peux mettre en avant par rapport à moi, c'est cette forme de sincérité. Qu'il y ait une machinerie autour, chacun pense ce qu'il veut, ce n'est pas important.
Si je vous demandais quelle est votre qualité principale, vous me diriez la sincérité?
Non. Sans parler de sincérité, de la droiture, ça oui, j'en suis convaincue.
C'est difficile?
Non. Pour moi, non. Pour beaucoup de gens, ça a l'air difficile, pour ce métier. Il faudrait y joindre le mot "éthique" aussi. Car je pense avoir une éthique de vie, dans mon métier certainement. Et ça, c'est quelque chose que les gens n'aiment pas beaucoup.
Cette éthique, vous vous l'êtes forgée, vous fabriquée vous-même depuis longtemps? C'est quelque chose que vous ont donné vos parents ou c'est venu petit à petit, en évoluant dans ce milieu?
Je crois que c'est moi qui l'ai trouvée toute seule. Et puis, c'est vrai que chaque jour qui passe fait que vous avez des éléments en plus de réfléchir, ordonner et réagir. C'est une construction.
C'est un garde-fou pour vous?
Oui, probablement. C'est quelque chose d'essentiel pour moi. Si je dérive un jour, et si je m'écarte de se chemin là, je sais que j'aurai décidé de me perdre complètement.
On va rester, si vous le voulez bien, dans le caractère. Dans les réponces on a eu "obsédée", "perverse", "sincère", "fabriquée", "ingénue", "espiègle", "gentille", "cool", "très cool" même, et "très humaine"...
Je suis tout ça certainement (petit rire).
Si vous aviez à faire votre portrait...
C'est exactement la chose que j'ai du mal à faire, et que, peut-être, je n'aime faire pas du tout. Parler de soi, c'est une chose... C'est vrai que si j'ai choisi l'écriture, c'est pour parler de moi, certainement, mais... (silence) Ma foi, dévoiler ces choses intimes, c'est quelque chose d'un peu difficile pour moi. Si j'ai quelque chose à extraire de tout ça, je... (silence)
Ce serait quoi?
J'avoue que je n'en sais rien.
Alors, parler de soi, c'est difficile. Mais quand les autres parlent de vous, quelle est votre réaction? J'ai lu tout à l'heure quelques titres de papier vous concernant. Quelle est votre réaction en lisant la presse?
Elle n'est malheureusement jamais indifférente. Je dis "malheureusement" parce que c'est vrai que, quelques fois, ça peur faire du mal. Maintenant, j'ai quand même du recul suffisant pour ne pas être trop égratignée par ça. Mais j'ai ce paradoxe de lire spécialement les papiers qui font mal. On les relit, on les relit, on les relit. Et on se demande s'il y a une vérité quelconque. Mais il y a des papiers qui sont tellement méchants que ça en devient drôle aussi.
Si on parlait des stars. C'est amusant parce qu'il y en a pas beaucoup qui vous trouvent star. "pas encore", "Elle est star quelque part.", mais...
Je n'ai pas la même difficulté que ces personnes de donner cette définition d'une star. Moi je derais que c'est un état. Maintenant, que les gens ne le perçoivent pas, je ne pense pas que ce soit un problème non plus. J'avoue que ce n'est pas mon souci premier non plus. Ce que je veux, c'est réussir ce que je fais, avancer, et m'élever au maximum dans ce métier, et dans des métiers que je découvrirai peut-être.
Parlons mystère et parlons cinéma. Dans quel film auriez-vous aimer jouer. Dans tous ceux qu'on vous à prêtés, il y avait "Les hauts de Hurlevent", "Ma sorcière bien aimée" (petit rire de Mylène) "Autant en emporte le vent", "Les 400 coups" et "A bout de souffle", je crois.
Celui qui est le plus dans ma mémoire, ce serait "Autant en emporte le vent". Mais il faudrait que je donne un autre film, que je cite souvent: "La fille de Ryan". Quelques fois, on a des brides qu'on voudrait d'un rôle, là c'est le rôle dans son intégralité. (silence) Peut-être "A bout de souffle".
Jean Seberg ou Scarlett O'Hara.
Voilà.
C'est pas mal comme choix.
Quelle prétention! (rire)
Alors, le portrait chinois avec un animal. Là c'est vraiment amusant parce qu'il y a tout eu: chat, renard, rapace, écureuil, féline, lionne... C'est vrai que, là aussi, on a du mal à vous caser. Il y a quand même un côté peluche. Ce sont des animaux soyeux.
J'aime les peluches en tout cas.
Quel animal auriez-vous choisi?
(soupir) Volontiers dans la famille des souris. (silence) J'accepte l'écureuil, c'est charmant (rire).
Entre écureuil et belette?
Oui il faut quand même une parcelle de belette parce que je ne suis pas tout le temps douce.
Vous avez l'air toute douce comme ça, mais en fait vous n'êtes pas forcement quelqu'un de gentil?
Méfiez-vous du loup qui dort (rire).
Tout à l'heure, Carline Binet, qui est déjà en train de prendre des notes à mes côtés, nous en dira plus sur la gentillesse, entre guillements, de Mylène Farmer. On va écouter tout de suite un disque que vous avez choisi. Jacques Dutronc, avec "Il est 5h, Paris s'éveille"...
(La chanson est diffusée)
Jacques Dutronc, c'est quelqu'un que vous écoutiez quans vous étiez petite?
Oui, absolument. Et que j'écoute toujours. Je regrette qu'on ne le voit plus.
Il a une certaine conception du métier qui est beaucoup plus cool, tranquille que la vôtre...
Dans la forme, peut-être, Dans le fond, je n'en suis pas sûre. On ne sait pas ce qu'il vit aujourd'hui, ce qu'il pense, ce qu'il ressent. (silence) J'avoue que je ne peux pas répondre pour lui. Mais je ne suis pas sûre qu'il vive très simplement ses jours.
Comment étiez-vous quand vous étiez petite? Il y avait déjà la grande frange qui vous cachait un peu?
Oh oui! C'était beaucoup plus long; ça arrivait au-dessus du nez. Comment j'étais? (soupir) ce paradoxe introvertie/extravertie; j'étais toujours partagée entre ces deux sentiments. (silence) Relativement solitaire, je pense. Et puis, très très attirée par les animaux.
Vous étiez fille unique?
Non, non. J'ai une famille relativement nombreuse. Des frères et soeurs.
Vous savez que c'est difficile de vous interviewer. Il faut vraiment vous tirer les...(rire) Y avait-il un paradoxe entre Mylène farmer à la maison et Mylène Farmer à l'école? Est-ce que le extravertie/introvertie se jouait là?
Oui, ça pourrait se définir par ça. C'est vrai que j'étais un peu plus turbulente à l'école qu'à la maison. Un besoin certainement d'exister très fort à l'école. Et c'était une torture pour moi d'aller à l'école. Mais j'avais ce paradoxe d'arriver une heure avant parce que j'avais peur d'arriver en retard. Et une fois que j'étais assise sur le banc... C'était du masochisme.
Est-ce que vous saviez déjà, à ce moment là, ce que vous vouliez faire plus tard?
Persuadée que je ferai un métier artistique, oui. J'étais attirée par l'équitation; c'est aussi une forme artistique, mais peut-être plus projetée vers les autres. Sinon, c'était surtout le théâtre et le cinéma qui m'attirait beaucoup. La chanson me paraissait beaucoup plus difficile d'accès. Et puis j'ai commencé par ça...
Où avez-vous passé toute votre enfance?
J'ai vécu assez longtemps à Montréal, au Canada. Et ensuite je suis arrivée dans la banlieue parisienne. Vers Versailles, pour situer un petit peu (rire).
Le Canda, ça vous manque?
Du tout, non. La neige me manque parfois.
Et votre mode de vie là-bas...
Il était radicalement différent, mais quand on est petit, on ne se rend pas vraiment compte de ces choses-là. Je me rends compte surtout du passage du Canada à la France, qui était assez choquant car c'est vrai que le mode de vie est radicalement différent. Les gens ne ressentent pas tout à fait les choses de la même façon; ils sont peut-être un peu moins énervés là-bas qu'ici. Mais je crois que je fais partie des énervés, donc je suis mieux ici (rire).
Comment ont réagi vos parents quand vous leurs avez dit que vous vouliez être dans le spectacle? Il y avait déjà des antécédents dans la famille?
Non, non, du tout. Je ne l'ai jamais dir réellement. J'ai dit que je comptais quitter l'école en tout cas. Et après, c'était une prise en charge. Donc il n'y a pas réellement eu de dialogue quant à ça.
En fait, vous n'aviez pas envie de vous rappeler qu'il y a d'autres personnes qui ont participé à votre construction, vous vous construisez toute seule maintenant.
Non, c'est pas vrai. Il y a des rencontres qui ont été indispensables dans ma vie. J'ai rencontré Bertrand La Page, qui est à côté de moi. Et Laurent Boutonnat, qui est le compositeur. Ma foi, voilà. Ce sont les rencontres que je désirais dans ma vie.
(Jingle. Puis nouveau micro-trottoir)
A votre avis, chez elle, comment c'est?
-Très grand et très clair.
-Folklorique.
-Je la verrais bien à la campagne.
-J'ai remarqué dans ses clips qu'elle avait tendance à mettre en valeur ce qui est ancien.
-Sobre, neutre.
-Moi je dirais noir et blanc.
-Style western.
-Grand et tout blanc.
-Un peu comme elle est sur elle: assez spécial, excentrique.
-Loft.
-Original, comme elle est sur scène.
-Je la vois plus à la campagne.
-A la campagne, oui. Chaud comme intérieur.
-Un appartement moderne.
-Sans beaucoup de meubles et assez original.
-Je vois pleins de tissus, pleins de sofas, pleins de couleurs orangées très chaudes.
-Mélange de style à mon avis.
(rires de Mylène)
Le verdict de Mylène? Où vivez-vous? Ca, ça vous amuse beaucoup; le côté western, ça vous a plu...
(rire)Oui. Ce n'est pas moi du tout. C'est plutôt rès sobre. Certains l'avait répondu. C'est actuellement rouge et noir. Et ce n'est pas encore quelque chose de très important pour moi, que d'avoir une maison.
C'est vous qui avez quand même choisi votre appartement? Ou votre maison?
C'est un appartement. Et je n'ais rien choisi du tout. Je suis entrée dedans, il était comme tel, et j'ai voulu garder ça comme ça.
Il était tout meublé?
Non, pas meublé. Mais il y avait de grandes tentures rouges, des moulures et une très très grande cheminée. Je n'ais pas souhaité le changer.
Vous êtes quelqu'un de casanier?
Oui, relativement.
Là aussi il y a un paradoxe, pour représenter un terme que vous utilisez souvent: vous êtes quelqu'un de casanier, mais ce n'est pas vous qui avez aménagé votre appartement. Généralement, quand on est casanier, c'est qu'on retrouve chez soi des choses qu'on y a mises, un cocon.
Je le souhaiterai un jour, mais pas aujourd'hui. Là j'y vais parce qu'il faut y aller, et pour dormir, et pour vivre quand même sa vie, c'est vrai. Mais c'est pas quelque chose de fondamental pour moi. Si j'avais réellement à choisir, ce serait une chambre d'hôtel. Il y a quelques hôtels à Paris qui sont magnifiques.
Avez-vous un style de décoration qui vous plait, et si oui, quelle époque?
(silence) J'aime beaucoup les années 30. Mais je crois que je changerais très facilement.
"Secrets de stars" avec, ce matin, Mylène Farmer. Et, en face de vous Mylène, cette dame blonde qui scribouille... C'est vrai Carline, vous êtes vraiment une scrubulleuse. Vous avez vus? Elle n'arrête pas de noircir des feuilles de papiers. Ca doir révéler quelque chose, psychologiquement (rires). Alors Carline, qu'est-ce que l'on peut dire sous la crinière flamboyante de Mylène Farmer?
Des choses très différentes. Sachant que j'allais vous voir, j'ai re-regardé vos clips avec mes enfants; on vous a étudiée. Et j'étais très étonnée de la différence qu'il y a entre ce côté adolescent androgyne que vous donnez beaucoup dans vos clips et quelque chose de très différent; il y a une femme qui est mûre, qui est très réfléchie, qui est beaucoup plus posée qu'elle ne donne l'impression. Ce qui se dégage d'abord, c'est l'élégance et de l'aristocratie, sur tous les plans. Une recherche de qualité. Tout à l'heure, vous parliez de morale et d'éthique personnelle d'ésthétisme, je pense. Vous voulez être conforme à une image belle de vous-même que vous voudriez donner. Tout ce qui serait laid, bas, collant, pas beau est à écarter très fortement.
Moi je dirais que c'est l'ordinnaire qui est à écarter. C'est vrai que l'ordinaire me fait peur.
Oui. Tout vous donne envie de vous éveler. C'est très aérien. Et puis, il y a une féminité qui ressort, qui, à mon point de vue, n'est pas du tout la féminité perverse que vous montrez, mais là aussi, une féminité d'élégance, de séduction, d'inquiétude un petit peu. Et pas du tout une féminité de lâcher prise, de centrage sur soi, de sécurité maternante. Il y a aussi ce front que vous cachez. Pourquoi est-ce que vous cachez ce front qui, morphopsychologue, est magnifique? (rire de Mylène) C'est un front de femme intelligente, de femme qui réfléchit, qui est très lucide, qui voit beaucoup de choses qui, quand ça rebondit sur cette sensibilité tellement vibrante, tellement forte que vous avez, doit vous donner une créativité énorme. Est-ce que c'est un manque de confiance que vous avez encore dans cette créativité qui fait que vous cachez encore ce front? Vous savez que Colette a gardé ce front caché très longtemps et que, quand elle est devenue célèbre, et qu'elle a pris confiance et qu'elle s'est dégagée de Willy, elle a dégagé son front. Elle a parlé de l'impudeur de son front. Il y a peut-être quelque chose comme ça en vous.
Peut-être. Moi j'ai l'impression que plus je vais avancer et plus je vais cacher mon front, et pas le contraire. Je ne suis pas quelqu'un qui s'aime beaucoup physiquement...
Qu'est-ce que vous vous reprochez?
On ne va pas en parler, ce n'est pas très intéressant. (hésitation) Je ne sais pas. J'ai cette fascination pour le miroir. je peux rester des heures devant le miroir. Mais ce serait de la provocation.
Vous serez, de toute façon, toujours exigeante, toujours passionnée, toujours en recherche et en évolution (rire de Mylène). L'angoisse d'avoir besoin d'évoluer, vous l'aurez toujours. Mais peut-être avec un peu plus de sérénité.
Peut-être (rire).
Que vous dit le menton de Mylène?
Il faut voir le menton et l'ensemble. C'est-à-dire un bon petit menton bien progeté, bien vigoureux, sur une machoire bien carrée qui lui donne une ambition. Pas une ambition lourde, bulldozer. Tout à l'heure, elle disait: "Je ne suis pas toujours gentille, je peux mordre". Je ne pense pas qu'elle mordra jamais au début. Elle à besoin de son indépendance, qu'on la respecte. Si on veut l'attaquer, là elle va se défendre et elle va mordre, mais si elle est coincée dans un coin. Par contre, elle à besoin de s'affirmer, d'affirmer ce en quoi elle croit, ce qu'elle croit juste et bien. Mais il y a toujours le revers de la médaille, et c'est cette bouche beaucoup plus tendre, et un petit peu enfantine, qui fait qu'on a besoin aussi quand même un peu d'être prise en charge, d'être protégée, d'être rassurée dans sa féminité.
On termine rapidement avec le nez... Quand on vous regarde Mylène, je me dis: "La pauvre elle est vraiment en train de passer un sale quart d'heure. je la mets sur le grill". (rire de Mylène) Alors on termine avec le nez Carline...
Elle a une nez magnifique, superbe. Qu'est-ce que j'aimerais qu'elle aime son nez! (rire de Mylène) Regardez-vous dans la glace quand vous parlez à quelqu'un , et regardez la vibration de vos narines. C'est deux ailes papillon qui font passer une sensibilité extrème. J'espère que vous ferez du cinéma pour pouvoir faire passer cette sensiblité. Il y a quelque chose de Meryl Streep dans vos narines, et donc du même style de sensiblité.
Vous êtes trop gentille.
Mylène, cinq minutes de pose, d'accord?
(rire)Merci.
Le temps d'écouter un disque, après il y aura les informations. Et juste après, on retrouve "Secrets de stars". le disque c'est LE disque qui vous a fait connaitre, "Maman a tort"
Oui.
"Secrets de stars", avec Mylène Farmer. Mylène, vous serez la semaine prochaine, samedi prochain très exactement, donc le 7 et 8 décembre, à Bercy. Comment vivez-vous cette scène? Cet une salle énorme. Vous avez l'air tellement fragile et pudique, comment trouvez-vous en vous le ressort de vous catapulter sur une scène pareille.
Certainenemnt un facteur inconscient qui fait que vous pouvez vous probulser devant 14 000 personnes, et c'est finalement presque la même chose que devant 1 000 personnes. Il y a une part d'inconscience, et puis une énorme force, et surtout une énorme envie d'y aller.
Vous avez le trac?
Bien évidement, oui. C'est absolument incontrôlable et incalculable.
Comment ça se passe lorsque vous quittez la scène?
Ca, c'est une état qui a bien évolué depuis le début. Quand j'ai fait le Palais des Sports, qui était réellement ma première scène, les premiers jours, il y avait effectivement ce phénomène de... (soupir)On a l'impression qu'on est hors du temps, hors de la vie. On est très perturbé pendant deux heures. Après on est bien obligé de... Mais pendant cette période, j'ai justement souhaité dormir à l'hôtel par exemple. C'était une manière à moi de vivre ça différement et intensément. C'est étonnant et très complexe à expliquer ce qu'on peut ressentir sur une scène? j'ai un peu de mal à formuler toutes ces émotions. C'est en tout cas une réelle émotion. Ce que je sais en tous cas aujourd'hui, c'est que je ne le vivrai peut-être pas demain. C'est quelque chose qui angoisse.
On peut donc penser que la nuit du 6 au 7, et celle du 7 à 8, vous serez à l'hôtel?
Probablement (rire). peut-être que je souhaiterai autre chose alors puisque je l'ai déjà vécu. Ces deux derniers jours seront terribles. Terribles d'émotions.
Vous savez que dans "Secrets de stars", il y a une séquence avec un témoin caché...
Oui, je redoute (rire).
Vous avez raison. C'est quelqu'un qui est proche de vous et qui a accepté très gentiment de nous donner son témoignage par téléphone...
J'ai eu l'occasion de rencontrer Mylène au cours de son clip, "Pourvu qu'elles soient douces". Au début, on m'avait dit qu'elle montait à cheval. Et j'ai été très agréablement surpris de voir qu'elle montait parfaitement bien. Au début, je lui avit donné un cheval hyper cool, si on peut dire, que je donne généralement aux comédiens. Et j'ai très vite changé. Je lui ai plutôt donné un cheval qui avait beaucoup plus d'allure. Elle vait tendance à toujours vouloir les grands galops et les choses comme ça; ça a été très sympa. Pendant le tournage du film, on a eu la partie du saut et des démarages dans les fougères - on voulait le faire très vite à cause de la lumière. Ca m'inquiétait un petit peu car j'aime bien voir avant s'il n'y a pas de problème dans les fougères; quand vous avez des fougères de 1m50 de haut, que vous ne voyez absolument rien et qu'il faut passer au triple galop à travers... J'avais peur que le cheval bute et qu'elle tombe. Elle me disait: "Non, non, ça va aller". Elle est partie et ça a très bien marché. C'est une exellente cavalière.
(rire de Mylène)
Alors qui est ce témoin caché dont nous avons bien sûr déguisé la voix?
Mario Lurashi (rire).
Mario Lurashi. C'est le spécialiste des cascades à cheval, que vous avez rencontré pour le tournage de "Libertine".
Oui. C'est un grand plaisir que de l'avoir rencontré. J'avais le souhait de revenir très souvent chez lui pour monter à cheval, mais c'est vrai qu'il a eu une coupure après, qui était la préparation de la scène. Et puis après, on se défend de prendre des risques. Mais c'est quelqu'un qui, dans son domaine, est passionnant.
C'est uns de vos grands bonheurs de monter à cheval...
Oui. J'ai voulu en faire mon métier. je sais aujourd'hui que je ne me suis pas trompée. Mais c'est drôle parce que j'avais passé cet examen à Saumur pour passer - un examen bien difficile quand on a dix-sept ans - et on m'avait demandé pourquoi je voulais faire ce métier. Et j'avais répondu de but en blanc que je souhaitais créer un centre hippique pour handicapés. C'est quelque chose qui les avait laissés coi.(petit rire) Et j'ai compris que je ne ferai jamais ce métier de toute façon.
On vous a préparé une petite surprise. Quelqu'un de votre entourage a cafté et nous a dit que vous aviez beaucoup d'admiration et de sympathie pour un chanteur qui s'appelle Jean-Louis Murat.
Oui.
Et qu'il ya un titre de Jean-Louis Murat, qui est "L'ange déchu", que vous avez écouté très souvent et que vous connaissez pratiquement par coeur. Nousn bien sûr, machiavéliques, on s'est dit qu'on allait vous passer un extrait de "L'ange déchu", on va chanter, on va couper, et Mylène Farmer, vous allez enchainez direct...
A c'est très méchant (rire). Je ne connais pas par coeur du tout.
Vous pouvez fredonner?
On peut essayer. Je n'aime pas ça...
(La chanson commence... coupure au bout de deux phrases)
Ca va être terrible pour lui (rire). je ne connais pas cette chanson par coeur, je suis désolée. J'aime l'auteur en tout cas. J'aime l'interprète.
Est-ce que c'est quelqu'un vers qui vous êtes allée un jour?
Non. J'ai souhaité lui envoyer un mot pour lui dire que j'aimais ce qu'il faisait. Mais là, une fois de plus, on a, peut-être à tort, un peu de pudeur. Et j'ai un petit peu de mal à le faire. Mais je le formulerai d'une façon un autre jour, certainement.
Et si lui vous écrit un petit mot?
J'en serais ravie (rire).
Ben voilà! Jean-Louis Murat qui a écouté et qui doit être tout dépité piteux que vous n'ayez pas pu enchainer en direct sa chanson...
(rire)Qu'on me pardonne... Vraiment qu'il me pardonne, mais...
Alors Jean-Louis, si vous pardonnez à Mylène, vous lui envoyez un petit mot. On va écouter, et là je vous promets que je n'arrêterai pas le disque, Kate Bush et Peter Gabriel, en duo, avec "Don't give up". C'est un de vos choix...
C'est peut-être la plus belle chanson que j'aie jamais entendue.
(La chanson est diffusée)
Kate Bush et Peter Gabriel, "Don't give up". Qu'est-ce qui vous plait le plus dans la chanson, Mylène: la mélodie ou le mariage des deux voix?
Je crois que c'est une osmose. Le texte, la mélodie, l'interprétation, les interprètes. Il y avait aussi un clip qui était d'une sobriété magnifique. Et puis, c'est probablement ce à quoi j'aspire: faire passer une émotion. Il n'y a que ça qui compte pour moi.
C'est une chanson que vous auriez aimé enregistrer?
Je ne suis pas sûre. J'aime l'entendre. Je crois que là, il y a vraiment les interprètes rêvés, en tout cas pour cette chanson. C'est magnifique.
Jingle, puis nouveau micro-trottoir)
Que pensez-vous de son look?
-Fallait y penser; ça n'avait pas encore été exploité comme filon.
-A part dans ses clips, je ne sais pas trop comment elle est. Je suppose que dans la vie, elle s'habille un peu comme ça peut-être.
-J'adore.
-Il est bien. J'aime bien.
-Oui ça va, elle le cultive. C'est bien.
-Ca lui correspond, je trouve.
-C'esst justement ce que j'aime chez elle.
-J'aime beaucoup.
-Elle a du goût et c'est original. Elle sort du lot.
-J'aime bien.
-Je changerais rien.
(petit rire de Mylène)
Mylène Farmer, que pensez-vous de votre look?
Je ne sais pas si j'ai un look. J'aime les habits. J'aime m'habiller. Si j'ai une réfléxion à faire par rapport à ça, c'est que je déplore que les gens n'aient plus réellement envie de bien s'habiller dans n'importe quel lieu. Même en télévision, puisque c'est ce qu'on garde regarde le plus facilement. Les gens se négligent un petit peu trop, je trouve. Est-ce qu'il faut parler de respect? Je n'en sais rien. Moi, j'en ai un pour les personnes qui vont me regarder, et pour moi aussi. Ca fait partie de ma vie. je ne sais pas s'il faut parler de look. Maintenant, il y a effectivement une recherche quant à la façon de s'habiller parce qu'on va faire attention à mille choses - à des couleurs, probablement à un style. En tous cas, ça fait partie intégrante de ma personnalité.
On va demander à notre lookeuse, non pas de vous donner quelques conseils, mais de faire quelques réfléxions sur la silhouette de Mylène. Comment pourrait-on l'habiller différement?
Je vais d'abord parler de l'image que je reçois d'elle parce que je ne peux rien construire sans ça. C'est ce côté elfe de la mythologie scandinave, et donc ce génie aérien qui symbolise le feu, l'air, la terre, mais le monde végétal surtout. Il ne faut pas qu'elle change de fait. C'est un anti-look, c'est sûr. Elle est entourée de mystère, mais c'est un mystère bénéfique. Les gens n'aiment pas trop ne pas savoir à qui ils ont à faire. Avec elle c'est très fort. C'est bon ça. Qu'elle le respecte. Et qu'elle respecte ce compromis qu'elle est entre le rêve et la réalité. On a donc envie de l'habiller en respectant la poésie et l'émotion qu'elle est, avec cete simplicité originelle, cette discétion. Avec des tissus qui se drapent, qui se superposent en s'enroulant autour du corps pour une silhouette longue qui glisse. Et aussi utiliser des mélanges de matières, des contrastes entre le mat et le brillant, ombre et lumière, le côté opaque et transparent, pour mettre en harmonie tout le vêtement en mouvement. Ca c'est important parce que ça reste toujours très subtile et très poétique. Elle peut s'habiller dans les pastel poudrés. Là où on avait envie de délivrer, c'est son côté elfe qui est très très fort chez elle - elle a le visage. On avait envie de lui proposer une tenue à base d'un body en maille métal or jusqu'aux pieds, avec des manches avec gants incorporés. Par-dessus, un petit gilet très court, sous la poitrine, plutôt rigide carcan, mais doux - en velours par exemple - dans les tons feuilles mortes, avec de grandes manches qui pendouillent, un peu dans le style manches Moyen-âgeuses, en organza par exemple, dans des tons noirs dorés. Il faut qu'elle garde cette part de rêve. C'est très important qu'on ne la devine pas. Quand elle parlait d'anti-look, c'est très fort, tel que je la vois. Pour moi, son costume de scène est archétype. C'est pas du tout un look. C'est Colombine, Pierrot. C'est comme les comédiens qui enfilaient un masque ou une défroque. Ce sont des personnages uniques puis on passe à autre chose. Il faut qu'elle garde ce côté-là qu'on ne saisit pas. C'est exactement ce qu'il lui faut.
Mylène, vous vous sentez d'attaque pour le body métallique...
Moi je suis prête à tout. Je veux bien voir qu'elle silhouette j'aurais. La plus belle silhouette que j'aime en tout cas, c'est celle de Katharine Hepburn. J'aime ce côté très sobre, qu'on pourrait qualifier de masculin - se sont toujours des pantalons avec des choses très pastel. Pour moi, c'est vraiment la représentation d'une grande classe. Maintenant, les exentricités, je pourrais les aimer aussi.
Est-ce que vous aimez vous déguiser, changer de costume, surprendre?
Ce genre de déguisements, non, je les effectue d'une autre façon, mais pas dans le vêtement.
Les vêtements, ça vous passionne? Vous êtes capable de tout pour aller trouver un vêtement?
Oh oui!Je l'ais fait. J'aime bien aller vers les créateurs. je préfères dailleurs aller moi de mon propre chef, que de contraire. Pour la scène, j'ai travaillé avec Thierry Mugler, et c'était assez passionnant.
Je sais que vous avez une folie, ce sont les chaussures. (rire de Mylène) Et je sais même que vous avez fait 200 kilomètres un jour pour aller jusqu'à Anvers pour trouver une jeune femme qui dessine des chaussures absolument somptueuses.
Oui et qui a un nom que je n'arrive pas encore à prononcer (rire). Je l'ai aux pieds dailleurs. J'adore les chaussures. Est-ce que c'est révélateur de quelque chose? (elle s'adresse à la lookeuse) Il y a beaucoup de formules sur les chaussures. Je ne sais pas. Vous allez peut-être pouvoir me le dire.
On dit toujours qu'il vaut mieux avoir une belle paire de pompes et un beau bagage et de négliger de reste, parce que, de toute façon, on est tout de suite catalogué. C'est donc important et révélateur. Les chaussures et le bagage - le reste, on s'en fout.
Bon. Je vais faire des progrès côté bagage alors (rire).
(Diffusion de "A quoi je serts...")
"A qui je serts...". C'était Mylène Farmer. Un titre que vous allez chanter la semaine prochaine. C'est dans quel ordre?
Ca se situe en milieu de spectacle, donc, ça doit être à peu près la sixième chanson puisqu'il y en a quatorze. La façon dont on a envisagé cette scène, c'était très important que de finalement réécrire une histoire, avec des petites histoires. On a essayé de faire évoluer de personnage, qui est le mien, dans la vie. Donc ça commence par "L'horloge", puis "Plus grandir", etc. Comme on aurait pu envisager la construction d'un scénario finalement.
Le scénario n'est peut-être pas très loin d'ailleurs. Qui sait?
On verra...
Rendez-vous le 7 et le 8 décembre à Bercy pour Mylène Farmer. Merci en tous cas d'avoir passé cette heure en notre compagnie.
Merci à vous.
Ca va? C'est bien quand ça s'arrête, hein? C'est comme le dentiste.
Ne dites pas ça.(rires).
C'est bien quand la presse s'arrête (rire de Mylène). A bientôt Mylène.
Merci à vous. Au revoir.